06/23/2026
ÉDITORIAL | Quand l’État voyage en jet privé, l’Hôpital Général reste fermé
Pendant que le Premier ministre de facto multiplie les déplacements en jet privé aux frais du Trésor public, le plus grand hôpital du pays demeure fermé. Cette situation est bien plus qu’une contradiction : elle est le symbole d’un État qui semble avoir perdu le sens de ses priorités.
L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), connu comme l’Hôpital Général, représente depuis des décennies le principal refuge sanitaire des plus démunis. Chaque jour où ses portes restent fermées, ce sont des milliers de citoyens qui sont privés de soins, des étudiants en médecine qui voient leur formation compromise et des familles qui perdent l’espoir d’accéder à des services de santé dignes.
Face à cette réalité dramatique, les autorités continuent de multiplier les promesses sans résultats. À plusieurs reprises, la réouverture de l’établissement a été annoncée avec éclat, mais ces déclarations sont restées lettres mortes. Les faits sont têtus : l’hôpital est toujours fermé, tandis que la crise sanitaire s’aggrave.
Le sit-in organisé par les étudiants de la Faculté de médecine devant la Primature n’est pas seulement une manifestation estudiantine. C’est un cri d’alarme lancé au nom de toute une nation. Ces jeunes rappellent aux dirigeants que gouverner ne consiste pas à voyager, à prononcer des discours ou à faire des promesses médiatiques, mais à garantir des services essentiels à la population.
Comment expliquer qu’un gouvernement puisse mobiliser d’importantes ressources pour des déplacements officiels alors qu’il se montre incapable de rouvrir le principal centre hospitalier public du pays ? Comment justifier que l’argent public serve à financer le confort des dirigeants pendant que les malades sont contraints de mourir faute de soins adéquats ?
Cette situation révèle une déconnexion inquiétante entre les préoccupations du peuple et les priorités de ceux qui détiennent le pouvoir. Dans n’importe quel État responsable, la santé publique constitue une urgence nationale. En Haïti, elle semble être reléguée au second plan, derrière les calculs politiques, les voyages et la communication gouvernementale.
Le ministre de la Santé ainsi que le chef du gouvernement doivent désormais plus que des promesses à la population. Ils doivent rendre des comptes. Le peuple haïtien est en droit de savoir pourquoi l’HUEH demeure fermé, quels obstacles empêchent sa réouverture et surtout où sont passés les moyens qui auraient dû être mobilisés pour remettre cet établissement en fonctionnement.
L’histoire retiendra que, dans l’un des moments les plus difficiles de la nation, alors que les hôpitaux manquaient de ressources, que les étudiants réclamaient le droit d’apprendre et que les citoyens demandaient simplement le droit de se faire soigner, les autorités ont préféré les discours aux actions.
Un pays ne se mesure pas au nombre de voyages effectués par ses dirigeants, mais à la qualité des services qu’il offre à son peuple. Tant que l’Hôpital Général restera fermé, chaque déplacement luxueux des responsables de l’État apparaîtra comme une blessure supplémentaire infligée à une population déjà accablée par la misère, l’insécurité et l’abandon.
La réouverture de l’HUEH n’est pas une faveur à accorder au peuple haïtien. C’est une obligation de l’État. Et chaque jour de re**rd constitue un échec de plus pour ceux qui prétendent gouverner au nom de la nation.
EDITORIAL: Archile Mezandieu