09/04/2022
Que peut cacher le sourire d’une jeune femme de 15 ans, que la vie semble avoir assignée à trier des pommes de terre pendant un temps indéfini ?
À quoi peut on s’autoriser à rêver lorsque nos espoirs sont occupés à trier, compter, porter si jeune, le poids d’une époque anéantie ?
Ma grand mère, Weronika (à gauche sur la photo) assise sur ce tas de pommes terres, avait-elle déjà décidé de sortir du carcan social, de que ce les autres, ou ce qu’on nomme parfois la vie, avait prévus pour elle ? Sentait elle déjà gronder en elle le désir brûlant de tordre le cou au destin, d’en relancer les dés ? Afin de fuir le froid de la misère et de la précarité ? À moins que ce ne soit la guerre qui ai donné le ton et l’élan de fuir, de quitter la survie pour enfin, expérimenter la vie et ses promesses. Elle n’a pas compté sur la chance ma grand mère, et heureusement car elle n’en a pas eu beaucoup. Elle a compté sur son instinct, son désir, sa fureur de vivre. L’exode, l’exil, le racisme, les violences et les secrets qui les accompagnent ont faits parti de ton chemin. Ce chemin de croix parsemé d’épines t’a fait quitter ton champs de pommes de terre pour celui des roses, et je te remercierai jamais assez d’en avoir parsemé autant dans ma vie, lors de ton passage sur terre, ma grande mère, mon héroïne. Tu m’as appris à ne jamais oublier d’où je viens, d’où l’on vient. Et surtout à aller au delà, à vivre une belle vie, celle que tu toi tu as sacrifié sans jamais te plaindre. Fière, forte et digne. Et drôle aussi…. Dans mes rêves j’entends encore parfois ton rire.
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Tu as codé dans mon ADN le plus beau des cadeaux, l’appel de la vie. Plus fort que la mort, il est la liberté même.
Tu me répétais souvent que l’amour c’était secondaire, qu’il fallait d’abord me faire une situation pour être libre de la folie du monde, libre de celle des hommes, libre tout court.
Et lorsqu’aujourd’hui, je me retrouve au sommet de mon tas de questionnements existentiels, à contempler et sentir la présence de notre lignée de femmes insoumises, rebelles, sorcières. À questionner le sens de ma vie dans ce champs des possibles qui a remplacé les pommes de ta terre natale polonaise… à interroger le sens qu’offre cette époque formidable et insensée, une petite voix me souffle que le chemin de l’amour est celui de la liberté.
♥️ à la vie, à la mort. 𓆚