06/08/2026
Début août 1848, Chopin quitta Londres pour quelques semaines en Écosse. Il parcourut les 655 km (407 miles) séparant la capitale anglaise d'Édimbourg en train en seulement douze heures. Le voyage avait été méticuleusement préparé par son élève Jane Stirling, qui aida le compositeur à organiser des concerts, à trouver un logement et à veiller à son confort.
« Le parc est très beau ici, le châtelain très excellent – et je me porte aussi bien qu’il m’est permis. », écrivit-il le 6 août à Auguste Franchomme depuis Calder House, la demeure Renaissance de Lord J. S. Torpichen, à 20 km de la capitale écossaise. L'hospitalité de son hôte et le cadre inspirant ne lui permirent cependant pas de se remettre au travail. « J’ai ici une tranquilité parfaite (matérielle) et des jolis chants écossais – je voudrais pouvoir composer un peu, ne serait-ce que pour faire plaisir à ces bonnes dames, Mme Erskine et Mlle Stirling. », écrivit-il à Franchomme. « J’ai un piano de Broadwood dans ma chambre, le Pleyel de Miss St. au salon – je ne manque pas de papier ni des plumes. » Son incapacité créative provenait probablement d’un épuisement physique et mental – Chopin confie un sentiment de désorientation et d’incertitude : « Pas une idée musicale propre – je suis hors de mon ornière – je suis comme p. ex. un âne au bal masqué, une chantrelle de violon sur une contrebasse – étonné, ahuri, assoupi » Dans un autre fragment, il allège son ton plaintif par une plaisanterie : « J’aimerai beaucoup que l’on me donne une pension viagère pour n’avoir rien composé, pas même un air à la Osborne ou Sowiński […].»
Il conserva une autre observation de son premier séjour à Calder House, illustrant son humour mordant : « Ils sont ici laids – mais à ce qu’il paraît, bons. Il y a en revanche des charmants bestiaux, apparemment méchants, du lait parfait, du beurre, des oeufs et tout ce qui s’en suit: fromages et poulets. » Il se rendra encore une fois chez l’hospitalier Lord Tropichen en octobre.
📜La lettre complète du 6 août 1848 à Auguste Franchomme – en français et en polonais – est consultable sur le site web du NIFC : https://chopin.nifc.pl/pl/chopin/list/343_do-augusta-franchomme-w-paryzu
📷Calder House, CaladarMeadhanach, photo de Paul Thomson, 27 mai 2007.