12/11/2025
Une soirée d'hommage à Daniel Marcelin : Le théâtre haitien dit MERCI à l'un des siens.
« Comment prendre la parole après tout ceci ? » C’est par cette phrase, à la fois simple et bouleversante, que Daniel Marcelin a accueilli l’émotion collective qui flottait dans l’air hier soir. Homme de scène accompli, voix emblématique de la radio, figure tutélaire du théâtre haïtien, il était au centre d’une soirée d’hommage exceptionnelle tenue à la résidence privée de l’ambassadeur du Canada en Haïti. Sous le signe de la reconnaissance et du partage, cette rencontre, organisée dans le cadre de la troisième sortie de Découverte, en prélude à la 22ᵉ édition du Festival Quatre Chemins a réuni artistes, amis, admirateurs et compagnons de route autour de celui qui, depuis plus de quarante ans, fait vibrer la scène haïtienne.
Tout a débuté par le discours de Son Excellence Monsieur André François Giroux, ambassadeur du Canada en Haïti. Dans un ton empreint de respect et d’admiration, il a salué le parcours d’un homme dont la voix, les mots et la présence continuent de façonner l’imaginaire collectif. À sa suite, Stéphanie François, représentante du ministre de la Culture, a pris la parole. Avec des mots élogieux, elle a campé le personnage de Daniel Marcelin : un passeur, un formateur, un conteur qui a su relier la scène à la rue, le public à sa mémoire, l’art à la vie.
Puis, la soirée a pris des allures de célébration poétique et musicale grâce à la chanteuse Alexa Chérelus. Sa voix, profonde et lumineuse, a traversé le public avec des interprétations hors pair, puisées directement dans le riche répertoire de la musique et de la littérature haïtienne. Entre chaque chanson, un murmure, un sourire, une émotion partagée : tout semblait suspendu à cette vibration commune, celle d’un pays qui sait encore dire merci à ses artistes.
Et des artistes, il y en avait, qui savent quoi dire, quoi lire, pour marquer un tel instant. Guy Régis Junior, directeur artistique du Festival Quatre Chemins, a pris la parole à son tour. À travers un texte frôlant la philosophie, il a su exprimer ce que beaucoup ressentaient sans trouver les mots : un immense merci. Un « merci, papi Daniel », lancé du fond du cœur à celui qui, bien avant d’être l’invité d’honneur de cette 22ᵉ édition, est le fondateur du Petit Conservatoire et l’un des pères du Festival Quatre Chemins lui-même.
Puis vint ce moment suspendu, celui où Alexa Chérelus interpréta Choucoune. Sa voix, à la fois douce et triomphante, fit remonter à la surface toute une époque : celle des épopées d’Haïti, de ses heures de gloire, de ses grandes réussites et de ses exploits artistiques. Cette chanson, revisitée avec émotion, semblait dire que Daniel Marcelin, bon vivant, artisan du verbe et de la scène, appartient déjà au rang des immortels.
Ce fut un privilège rare, pour tous ceux qui étaient là, de le voir, lui parler, le toucher, de partager un rire, une photo, un regard complice. Car au-delà des hommages et des discours, cette soirée fut avant tout une rencontre : celle d’un peuple de culture avec l’un de ses plus dignes représentants.
Quand les applaudissements se sont tus et que les voix se sont éteintes, il restait dans l’air un parfum d’émotion et de reconnaissance. Daniel Marcelin n’avait plus besoin de parler : son œuvre, ses élèves, ses mots, parlaient pour lui. Et peut-être que cette phrase prononça au début, « Comment prendre la parole après tout ceci », trouvait enfin sa réponse dans le silence admiratif de tous ceux qui lui doivent un peu de leur lumière.
Merci Papi ! Merci Papi !
Jean Max Beauchamp
ancien du Petit Conservatoire
pour Découvrir Haïti