02/12/2014
ÉPILOGUE de l'Épopée
Le retour a été compliqué
Pas envie de décevoir ceux qui, comme moi, y ont cru et m’ont accompagnée.
Pas envie non plus de rajouter mon pessimisme à la morosité ambiante.
Et puis que faire des doléances récoltées, car une centaine c’est non-significatif.
Alors je n’ai finalement rien déposé à l’Assemblée Nationale où personne ne m’a reçue.
Pourquoi d’ailleurs leur donner ce maigre butin alors que la désillusion de nos institutions concerne tout autant les députés, que nos gouvernements et tout notre système politique.
La fatigue, la déception et les interrogations ont formé une grosse vague sous laquelle j’ai plongé.
Mes constats étaient encore plus sévères à l’arrivée qu’au départ.
Nos politiques sont lâches et ne s’intéressent qu’à leur propre image et à leur carrière personnelle. Notre système administratif, juridique, fiscal est un cancer qui s’auto-alimente et nous tue.
L’Europe, bien qu’indispensable, souffre du même mal.
Quant aux médias qui soit disant nous informent, ils sont largement complices de cette politique showbiz dont ils nous abreuvent et qui les nourris.
Et pour finir que dire de cette toute petite mobilisation que j’ai réussi à générer ?
Merci et même un grand MERCI à ceux dont l’enthousiasme et le soutien m’ont porté, mais pour le reste… pour ces milliers de gens que j’espérais mettre en mouvement et qui sont restés sur leur canapé à continuer à se plaindre et à râler sans envisager de bouger le petit doigt. Ce constat là aussi est grave. Le français ne serait donc qu’un mouton, qu’on engraisse juste assez pour pouvoir le tondre régulièrement et qui accepte passivement son sort, résigné ? Jean de La Fontaine en ferait sans nul doute une fable caustique.
Je peux bien sûr remettre en question notre communication autour de cette démarche. Mais je vous assure qu’il n’y a pas un seul journal de province que nous n’ayons pas sollicité par de multiples canaux. Dossier de presse adressé en amont, appuyé par nos coups de fils en direct aux rédactions et à tous les journalistes dont nous avions de longues listes. Harcèlement via Twitter. Pressing, forcing, Thierry est allé trouvé personnellement Jean Michel APHATIE, Daniel COHN-BENDIT, Yann BARTHES, Laurent RUQUIER, Christine BRAVO, Franz-Olivier GUIESBERT, Nicolas POINCARE … il a fait le siège de Libé, de Marianne, du Parisien….
Mais je crois que la presse et la télé s’en fichent pas mal. Les mouvements citoyens n’intéressent personne tant qu’il n’y a pas un petit jeune qui meurt sous la gr***de d’un flic. Le citoyen vivant, ça ne fait pas vendre !
Voilà donc, avec tous ces constats, au jour de l’arrivée, je ne voyais que deux issues à la situation de la France pour se réinventer et se réformer en profondeur.
- une révolution, comme en 1789, avec la violence du désespoir, l’abolition des privilèges et l’énergie de tout repenser, autrement. Pour cela il faudra attendre que le nombre de ceux qui n’ont plus rien à perdre soit suffisamment important pour leur donner le courage de descendre ensemble dans la rue. Tant que les « résignés-réclamants » comme les appelle Jacques Attali peuvent compter sur l’état providence pour subsister, ils ne se révolteront pas. Mais peut-être qu’en 2018 quand les caisses de retraites seront en faillite et que notre état ne pourra plus s’endetter sans sortir de l’Europe … alors ça pourrait bien être le domino-day de toute notre économie et le déclencheur de cette révolution.
- ou une dictature. Quand les gens sont inquiets, apparait toujours la tentation d’un état fort et autoritaire. Ca rassure, ça donne la force du diktat pour imposer des décisions que la molle démocratie ne sait plus prendre et ça donne en plus l’avantage à tout un chacun de ne plus avoir à se poser de questions.
Quelques semaines plus t**d, il reste l’espoir d’un sursaut, d’une autre voie qui se substituerait à ces deux grandes catastrophes.
Nous devons avoir confiance en nos enfants et en leur capacité de réinventer le monde. Ils trouveront des solutions aux problèmes contre lesquels on bute. Leur vision n’est déjà plus franco-française comme la nôtre. Ils ont gommé depuis longtemps les frontières de l’espace Schengen. Le franc … un vieux truc à enterrer avec Vercingétorix. La réalité de leur marché est mondiale. Via internet ils achètent directement en Corée, en Californie ou au Japon. Pour eux l’Australie n’est pas plus loin que l’Espagne.
Ils ont compris que nos règles du jeu nationales sont obsolètes, et que la nouvelle donne est planétaire. Nous respirons le même air que les chinois, les grands axes économiques vont bien plus loin que notre petite vallée du Rhône. Ils voient plus clairement que nous se renforcer l’axe Asie / Moyen Orient et l’axe transverse qui s’y opposera ira de la Russie aux USA.
Ils ont compris depuis longtemps qu’ils ne toucheront jamais de retraite même en bossant jusqu’à 70 ans. Ils savent qu’ils vivent les derniers soubresauts des allocations familiales et chômage. Ils n’ont pas peur, ils apprennent à se battre et forgent leurs armes. Le système D monte en puissance et la solidarité se structure loin de l’état.
Troc de services, co-voiturage, recyclage… nos jeunes vont faire bouger ça dans tous les sens. Ils vont secouer le commerce et les échanges, bousculer nos vieilles habitudes et tout changer avec leurs Facebook et ces réseaux qui nous font si peur.
Ils posent les problèmes différemment.
Ils inventent déjà de nouveaux modes d’emploi.
Ils nous surprendront par leur créativité.
Et leurs solutions seront si différentes qu’elles ouvriront de nouvelles perspectives bien loin des sentiers battus de nos anciens modèles.