La Maison de La Forge

La Maison de La Forge Gîte culturel Pour les amoureux de la nature et de l’eau. Grande salle avec cheminée pour repas 75 personnes. Grande cuisine équipée. Jardin et île privatifs.

La Maison de la Forge est un bâtiment du 18ème siècle soigneusement restauré en respect du patrimoine, dans un site magnifique le long de la rivière la Risle. Locations individuelles et pour les groupes.
3 appartements classés 3*** et 6 chambres soit 30 couchages. Idéal pour les séminaires, les réunions, les journées d'étude, les expositions, les manifestations culturelles, les anniversaires, mariages, baptêmes, et tous autres évènements.

09/10/2016

LA FORGE HISTORIQUE

Par Albert LECOQ - Historien.

LE PAYS D'OUCHE, REGION DE METALLURGIE
On sait que l’industrie du fer à Rugles date de l'époque Gallo-romaine et qu'on y fabriquait l'épingle au 11ème siècle et aussi que cette industrie (une des premières du genre en France), comptait 252 petits ateliers dans le canton.

L'industrie du fer fut, vers le milieu du 16ème siècle, remplacée par celle du laiton et à mesure de son déclin.

LA RISLE, FORCE MOTRICE.
La Risle a un courant assez rapide et capricieux et passe à Rugles dans une vallée qui est plutôt encaissée.

La rapidité de son courant a permis, sur toute sa longueur qui est de 140 km environ, des Collines du Perche à l'estuaire de la Seine, l'installation de moulins et de nombreuses petites usines ayant toute leur roue à aube donnant une force motrice de 15/30 chevaux en hiver mais beaucoup moins en été. Dans la vallée de la Risle, il était d'usage d'espacer les installations de force motrice de 800 mètres environ, afin de permettre au courant de se refaire.

Toutes ces fonderies et forges utilisaient comme combustible le bois en provenance des immenses forêts du pays d'Ouche et voisines comme celles de Breteuil, de Conches, de L'Aigle... où vivait tout un monde à part et difficile à pénétrer qui assurait l'abattage et le transport par le moyen de leurs petits chevaux qu'on appelait "HURTUS".

A ce sujet, rappelons que Jean de LA VARENDE, l'écrivain local, a dépeint magnifiquement le milieu forestier du pays d'Ouche dans son ouvrage "LE TROISIEME JOUR" (qu'il faut relire...)

LA FORGE

Vers le milieu du 17ème siècle - alors qu'aux alentours : Bourth, Aube, Saint Evroult, Breteuil, Conches, etc...les forges étaient en pleine activité - André du PLESSIS-CHATILLON, marquis de Rugles, décide d'édifier des bâtiments industriels sur les ruines de trois moulins qu'il y possédait:

- au FOURNEAU (où est actuellement le Centre de Secours) et dont la construction a été démolie il n'y a pas si longtemps.

- à la FENDERIE, vers le nord, en aval (Près de la Salle des Fêtes) où il reste encore quelques bâtiments anciens et une roue à Aubes.

- enfin, à un écart, qui s'appellera plus t**d "LA FORGE", vers le nord, à environ
2 Km en aval juste à 1'endroit où le territoire de Rugles forme une pointe avancée dans celui d'Ambenay.

Le Marquis de Rugles investissait dans l'industrie, comme nous pourrions, aujourd'hui, investir en Bourse, dans des valeurs industrielles, avec les risques et les avantages que cela comporte.

Vers les années 1644 des bâtiments à usage de forge sont donc édifiés au hameau qui, par la suite, portera le même nom : "LA FORGE"

Ainsi, au Fourneau on y amenait le minerai de fer en provenance des environs. Le fer qu'on y fabriquait était coulé en lingots d'un poids (d'après Amand DESLOGES), d'environ 1.000 Kg appelés "Gueuses". Une partie de ce fer était forgé en objets divers, une autre partie descendait la rivière sur des barques, jusqu'à l'autre usine où on la coupait, on fendait le fer en lanière au moyen d'une cisaille à galets, d'où "LA FENDERIE".

Le fer ainsi martelé était, en partie, transformé en objets intéressant l'agriculture tels que : les essieux, les bandages de roues de voiture, les socs de charrue et articles de quincaillerie et ménagers...

L'installation des grosses forges a marqué la fin du petit Féron qui s'est trouvé obligé pour survivre, d'aller travailler à l'usine nouvelle...

MISE EN EXPLOITATION
Si les usines étaient bâties, encore fallait-il trouver un exploitant…
Dans les Archives du Tabellionage de Rugles on trouve divers actes se rapportant à leur location et qu'il est intéressant de connaître :

A- A la date du 23 février 1650 « Fut présent M° François GIRARD, sieur de la Rivière, demeurant à Rugles, lequel en vertu du pouvoir à luy donné par Messire André du PLESSIS-CHATILLON, marquis dudit lieu, seigneur de Rugles, bailla à titre de sous bail à ferme pour le temps et terme de six ans, à commencer au Premier mai prochain et finir à pareil jour lesdites six années finies et révolues, à François et Jacques LE ROY, écuyers, sieurs DE 1'OISONNIERE et DE LA VALLEE, frères, demeurants en la paroisse de Sainte Marguerite de Carouges et Lignères la Doucelle, pays du Maine, présents, lesquels on recongneu avoir prins dudit sieur GIRARD pour ledit temps, c'est assavoir le fourneau et grosse forge de Rugles halles en dépendant, la maison de Rugles auditSeigneur appartenant court et jardin et prey derriere icelluy logis estans – en laquelle maison ledit seigneur en partie d'icelle pourra faire sa demeure lorsqu'il viendra en son bourg de Rugles - avec une fenderie qui sera batie dans la première année, aux frais du Seigneur de Rugles, par ledit GIRARD, bailleur, au lieu le plus proche et commode que faire se pourra - ensemble des maisons pour loger les forgerons et un facteur et une chambre proche ladite forge pour y mettre le fer ; y compris ung prey nommé le prey des Islots de Bailly, contenant une acre ou environ, proche ladite forge; permission de pescher en la rivière de Rugles, pour eux seuls ou y estans en personne partout où il leur plaira - lesquelles maisons de forgerons seront faict faire dans Noel prochain - et ce aultant et pour aultant que le seigneur marquis en a baillé audit sieur GIRARD, sans aucune chose réserver, excepter ny revenir parce que, à 1'entrée et commencement dudit bail sera fourni auxdits sieurs preneurs les soufflets et ustancilles, tant de ladite forge que du fourneau, par inventaire, qui seront entretenus par iceux sieurs preneurs et rendus à la fin dudit temps en pareil et mesme estat; pour 1'usage duquel fourneau ils pourront prendre de la marne aux lieux où 1'on en a pris cydevant et sur les terres dudit seigneur.
Et s'il arrive par force majeure ou inondations d'eaux ou ravage qui emporte ladite forge ou fourneau, en ce cas lesdits sieurs preneurs n'y seront tenus ny obliges.
Ce present bail faict, en outre, par et moyennant le prix et somme de deux mille cinq cens livres tournois par chacun an, que esdits sieurs preneurs ensemble, l'un seul pour le tout, se sont soumis et obliges par corps et biens payer audit sieur GIRARD en deux termes et paiements esgaux, le premier au jour de Toussaint et le second au premier jour de may prochain en un an.
Et, outre, ont promis et se sont obligéz iceux sieurs preneurs livrer audit sieur GIRARD par chacun an le nombre et quantité de soixante milliers de fer, bon, loyal et marchand, prix de forge, et de celuy qui sera fait et fabriqué en ladite forge, à la raison de soixante dix livres par millier, qui ira en diminution du prix cy dessus et le surplus leur sera payé par ledit sieur GIRARD.
Comme aussi à la charge par lesdits sieurs preneurs de fournir de cauxtion bonne et valable dans un mois de ce jour; dont lesdites parties sont demeurées d'accord… »

B- Pierre du PLESSIS-CHATILLON, chevalier, comte de NONANT, seigneur de Monguerrée, de Rugles, Bail1y, Boisernault et autres lieux, demeurant à Monguerrée pays du Maine. ...loue, le 25 Octobre 1680, par acte du notariat de Rugles, à titre de bail à ferme, pour une durée de six années à compter de la Fête de « Pasques prochaines, à Zacharie CHOUET, sieur de COURTEILLES, maître de la grosse forge de Putanges, y demeurant, la grosse Forge, fenderie et fourneau de Rugles, avec le pré derrière la halle neuve de la grosse forge ....maisons et logis, halles dudit lieu de la Forge... ».

Comme il y avait lieu de faire des réparations une somme de sept cents livres devait être « avancée par le preneur, à déduire sur le prix du présent bail »
Celui -ci était consenti moyennant la somme de « douze cens livres par chacun an, que le preneur sest submis payer audit seigneur en deux termes esgaux, dont le premier commencera de Paques prochain en un an, sur lequel sera précompté la susdite somme de sept cens livres de réparations.....
Et pour le respect que le preneur a pour Madame il lui promet lorsque la première gueuse coulera audit fourneau; une paire de gants ou aultre honnesteté au jugement du sieur curé de BOISERNAULT; et pour 1'amitié que ledit seigneur a pour le sieur de COURTEILLES, il lui a promis faire descharger un poinçon de vin en la cave de la forge ».

Sans doute s'approvisionnait-on de vin en provenance de MESNIL SUR L'ESTREEE dont la renommée n'était plus à faire.

Au bail était demeuré annexé un état présentant tout ce que le preneur devrait faire et fournir pour mettre la forge en état de fonctionner, c'est à dire: « une roue neuve au marteau, des noés, curer la riviére, réparer les huchers et roues des affineries, noés et cheminées, réparer les bourbiers et pescherie, une p***e, un chapeau et un bransle à la roue du marteau; des bransles à fourchettes neuves aux affineries. »

C- Le 22 mai 1683, « Gabriel HAROU, sieur de la BLINIERE, maistre des grosses forges de Sainct Evroult", fait subrogation de ses droits dans "ses baux à ferme tant de la grosse forge que fenderie qui lui ont ésté faicts par Messire Pierre du PLESSIS-CHATILLON, chevalier, comte de ce lieu de Rugles....." passés au Notariat de Rugles le (la date est restée en blanc), au profit de "Gabriel HAROU, sieur de la BAUDRIERE, son fils...demeurant à Bourth... »

Le sieur de la BLINIERE ayant effectué des réparations à la « grosse forge de Rugles.. » il a été convenu que son fils lui en tiendrait compte.
Par contre le sieur de la BLINIERE, s'est obligé à fournir à son fils, le nombre de
« .. trois cents milliers de fonte à cent pour cent par la somme de soixante sols par cent, parce que ledict sieur de la Baudriere fournira de nourriture aux hommes et chevaux lorsqu'ils seront à la grosse forge, sans diminution du prix cy-dessus - comme aussi luy fournir et rendre à ladite forge, le nombre de quatre mille pippes de charbon, à raison de vingt huit sols la pippe, en outre la despence qu'il fournira ainsy qu'il est dict cy¬dessus, - pour paiement de laquelle fonte et charbon, ledit sieur de la BAUDRIERE s'est soumis et obligé de livrer au sieur de la BLINIERE, du fer en barre et verges qui sera forgé à ladite forge et fenderie, à raison de neuf livres le cent de fer et dix livres la verge ..... »

Une quarantaine d'années après sa construction, "LA FORGE" avait besoin de réparations....

Puis, le 13 septembre 1768, il est déposé au Notariat de Rugles, un acte sous signatures privées en date du 25 juillet 1765 par lequel « haut et puissant seigneur Charles Bernard comte de NARBONNE PELET et haute et puissante dame Marie, Félicité DUPLESSIS¬CHATILLON, comtesse de NARBONNE PELET ...demeurant à Paris, rue de la Planche, paroisse de Saint Sulpice » ont donné a bail à ferme et loyer pour six années et demie à compter du l° janvier 1768 .... « au sieur Henry LEDIER bourgeois de Conches"...."la Forge de Rugles, fourneau et fenderie, maisons, cours, jardins et dépendances, le cours d'eau, étang du bieu de la forge fourneau et Fenderie; ensemble la pêche depuis le grand pré du Moulin du Chateau, jusqu'au dessous de ladite Forge près du Moulin Roger; la faculté de tirer pierre, terre, marne, sable et mine ... sans en rien payer ... et aura la faculté de chasser, lui et son commis, sur la terre et seigneurie de Rugles.. », le preneur ayant la charge d'entretenir à ses frais, pendant la durée du bail, tous « les tournants et virants desdites machines.... »

Le bail était fait moyennant le prix de 3.000 livres de fermage annuel, payable par moitié de six mois en six mois.

FOURNITURE DE BOULETS DE CANON

Lors de la Révolution française de 1789, "LA FORGE" de Rugles dut fabriquer et fournir à 1'armée de Bayonne, le 6 thermidor de l’an 3 (vendredi 24 Juillet 1795) quatre mille boulets de 12 Livres.

C'est par un chiffre indiquant le poids du boulet en livres qu'on désignait ces projectiles et le calibre des canons qui les lançaient; ainsi on disait : boulet de 30, de 24, 16, 12, 8, 6 et 4.

LES PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

Nous l'avons vu plus haut, le premier propriétaire et constructeur de "LA FORGE" de Rugles fut André du PLESSIS CHATILLON (fils de René).
La famille du PLESSIS-CHATILLON conserva la seigneurie de Rugles jusqu'en mars 1764, (soit à peu près deux siècles), époque à laquelle mourut César-Antoine II, le dernier des du PLESSIS CHATILLON.

Celui ci par son testament, en date à Paris du 28 Mai 1761 avait légué la terre de Rugles à sa cousine issue de germains: Marie Félicite du PLESSIS-CHATILLON, épouse en secondes noces de Charles, Bernard, Martial comte de NARBONNE-PELET.Celui ci fut guillotine lors de la Révolution de 1789 et sa v***e ne dut la vie sauve qu'à la chute de ROBESPIERRE.

Ensuite Madame de NARBONNE-PELET est décédée en son domicile à Paris en 1795, laissant pour seul héritier son fils issu de son union avec le comte de NARBONNE-PELET : M. François, Bernard, Raymond, Joachim de NARBONNE PELET époux de Mme Adélaïde, Marie Thérèse LE CONTE DE NONANT DE PIERCOURT

Et celui ci décède laissant 3 enfants pour héritiers:

-Raymond, François Emeryc de NARBONNE-PELET
-Alberic, François Hippolyte de NARBONNE-PELET
-et Françoise, Marie, Félicité de NARBONNE-PELET épouse de ALbert de LUYNES de CHEVREUX
qui vendent, en 1809, 1a Terre de Rugles au Baron Pierre SAILLARD banquier à Paris, veuf de Madame Marie, Madeleine BARAGUAY.

Lequel vers 1818, revend "LA FORGE" au Comte ROY et Martin DUVAL qui transformèrent tout l'outillage et, en 1836, y firent monter un train de laminoirs et ne fabriquèrent plus que des fers pour la Tréfilerie.

Ce tènement industriel passe ensuite aux mains de la Famille MARQUIS de Rugles. En 1872 une Société en nom Collectif est créée pour 12 ans entre Caliste et Lucien MARQUIS. Caliste MARQUIS meurt le 11 septembre 1882 (âgé de 56 ans).

"LA FORGE" échoue par tirage au sort, lors d'un partage intervenu en 1883, à Lucien MARQUIS. Ce dernier, par suite de cessation de paiements, ferme les portes de l'usine de "LA FORGE" en 1934.

C'est la SOCIETE DES AGRAFFES FRANCAISES ET D'ARTICLES METALLIQUES "SAGFRAM" une société anonyme ayant son siège à Paris, 42 rue Alexandre Dumas, qui achète "LA FORGE", par acte de M° PINEAU notaire à Evreux, en date des 28 et 29 janvier 1934.

Puis, la SAGFRAM par acte de M° MORIGNY notaire à Rugles, en date du
28 octobre 1964, vend 1'ensemble industriel de "LA FORGE" à M. et Mme ALONSO VARONA qui créent dans les dépendances une fabrique de gâteaux sous la marque "BISCUITERIE COLON".

L'ensemble de "LA FORGE" devient par acte de vente de M° QUEVREMONT Notaire à Rugles, du 17 mai 1991, la propriété de M. MALLET et Mme BOURDU ROUSSEL qui se sont attelés à sa rénovation.

Une cité ouvrière avait été bâtie à différentes époques : les diverses maisons la composant ont été vendues séparément par M. et Mme ALONSO VARONA.

REDONNER LA VIE....

Au fil des années et des nécessités, de nombreux bâtiments avaient été édifiés. Il semble que les propriétaires successifs n'ont pas veillé suffisamment à leur entretien et cette négligence leur a été néfaste.

Aujourd'hui ils sont avec ténacité, nettoyés et remis en état, grâce aux efforts et` au courage de M. Alain MALLET et de sa famille.

Rénovation faite, des gîtes ont été installés à proximité de la Risle qui traverse la propriété à partir d'un plan d’eau magnifique.

Bientôt un musée de la ferronnerie pourra s'y visiter………. .Et "LA FORGE" revivra !!!

Albert LECOCQ

Rugles Septembre 2004


ANNEXE 1

ORGANISATION ANCIENNE
ESPRIT DES FERONS

Alors que dans les Forges à bras, le même ouvrier dirigeait toutes les opérations, il fallait dans les hauts fourneaux : un maître Fondeur et dans les Forges : un affineur, un chauffeur et un marteleur, assistés de petits valets.

La fabrication du fer était regardée avec une telle importance que des Tribunaux spéciaux avaient été établis pour juger de tout ce qui touchait cette branche industrielle; ils étaient connus sous le nom de "MAITRISES DES FERRONS"- Une de ces maîtrises était établie à Glos la Ferriere.
Le Maître de Forge, comme les ouvriers, était justiciable du Juge des Ferrons et celui ci qui n'était qu'un maître ouvrier, puisqu'il devait toujours être choisi parmi les maîtres en l’art et métier des Ferrons et des Tireurs de fils, qualifiait le Maître de Forge de "Notre Cousin". Ainsi, c'était le Marquis Seigneur de Rugles que le Maître Ferron, ouvrier comme ses camarades, qualifiait familièrement de "NOTRE COUSIN".

Entre eux, les Forgerons se qualifiaient de "COUSIN DU FOISIL" -(Foisil : vieux mot français employé au 12° siècle, dérivé du latin populaire "FOCILEM : Feu)

Ils pratiquaient la confraternité et 1'hospitalité comme un devoir. Ainsi quand un compagnon forgeron se présentait dans une forge et qu'il s'annonçait comme "cousin", il devait forger une barre et s'il sortait avantageusement de ce travail on 1'hébergeait pendant trois jours, mais s'il n'était pas embauché, on lui fournissait les moyens de gagner une autre forge.


ANNEXE 2 :

LA SAINT ELOI

Selon une coutume remontant bien au delà du Moyen Age, les membres de chaque corps de métier formaient entre eux une association soumise à des statuts, des règlements et leur Fête.

La Fête des Forgerons était placée sous le patronage de Saint Eloi et avait lieu a la fin du mois de juin. A cette occasion les ateliers étaient garnis de verdure ..... Mais laissons Amand DESLOGES nous la raconter :

« En ville et dans les Villages environnants : on pouvait voir dès le matin, les heureux invités endosser leurs habits des Dimanches : les hommes, la culotte de serge, de L’Aigle ou de Verneuil et 1'habit de froc ou de camelot qu'avaient porté les ancêtres; car dans ce temps un habit servait à plusieurs générations; les femmes leurs plus beaux atours , jupe en bure, puce, capucine ou incarnat, bas blancs à jour, souliers à cothurne, mitaines en filoselle et grand mouchoir Thibet sur les épaules; puis, comme une pyramide fleurie, le traditionnel bonnet normand orné d’une large fontange et d'une épingle à tête d'or; on les voyait dis-je par les sentiers fleuris à cette heure de 1'annee, se diriger d'un pas alerte et par petits groupes vers la Forge.

Aussitôt réunis ils se formaient en cortège pour se rendre à la paroisse voisine y entendre la messe. En tête de cette longue théorie de francs compagnons marchaient les violons, puis venait le roi de la Fête portant en guise de bannière le BATON DE SAINT ELOI, longue perche surmontée d'une espèce de niche enguirlandée de rubans et de verdure, au centre de laquelle une petite statuette figurant 1'embleme du Saint Patron; et, porté à deux sur une civière, un énorme pain béni décoré de pousses d'asperges garnies de fleurs et de rubans.
Ensuite, venaient le Maître de Forges et le Régisseur, avec leurs femmes et leurs invités; puis, c'était le maître feron, les maîtres marteleur, chauffeur, affineur également accompagnés de leurs femmes et de leurs invités respectifs et ainsi de suite selon le poste que chacun occupait à 1'atelier.

Dans ce long défilé ce n'était que joyeux propos échangés, frais éclats de rire échappés à de jeunes et jolies lèvres; mais, soudain, un silence s'établissait et dans un choeur formidable repris à 1'unisson par cent robustes poitrines, ils chantaient à pleine voix 1'HYMME "DES FORGERONS que répétait au loin 1'écho de la vallée.

Une place était réservée dans le choeur pour les Forgerons.
La Messe terminée, tous reprenaient le chemin de la Forge accompagnés de Monsieur le Curé, par le « chemin de la Forge » qui suit le bas de la vallée et qui n'a du guère changer, sauf peut être la partie vers le Bourg de Rugles.

Avant de commencer le repas traditionnel, le Maître marteleur accompagné de tous les gens de la Fête, se rendait auprès du gros marteau de la forge préalablement décoré pour la circonstance de pampres et de rubans; avec une gravite solennelle qu'imposait sa mission et au moyen d'un tour de roue, il mettait en mouvement le monstre de fer mais au lieu des blocs incandescents qu'il soumettait chaque jour à ses coups , c'était un verre rempli de vin qu'il présentait sur 1'enclume et, que dans sa chute la lourde masse pulvérisait. »

Cette cérémonie s'appelait: « Faire boire le marteau ».

Vers trois heures, le Prêtre donnait le signal du départ et les chants et les danses commençaient

Il manquerait de ne pas rappeler ici 1'HYMME DES FORGERONS, que des génération d'hommes venus travailler à la Forge, ont chanté dans la vallée a 1'occasion de la SAINT ELOI:

1
« C'est aujourd'hui la saint ELoi
Suivons tous la vieille loi
La forge il faut balayer (bis)
Les outils il faut ramasser
2
Allons au bourg promptement
Monsieur le Curé nous attend
La Messe il faut écouter (bis)
Et celui qui va la chanter
3
Nous voila tous revenus
Que cinquante coups soient bus
Et de notre pain bénit (bis)
Nous en porterons au logis
4
Nous allons fleurir le marteau
lui donner du vin sans eau
Que nul ne fasse de bruit (bis)
Car nous allons dîner ici.
5
A la santé du marteleur
Sans oublier son chauffeur
Ainsi que le brave affineur (bis)
Qui travaillent tous avec coeur.
6
Les filles de notre canton
Aiment bien les forgerons (bis)
Elles n'ont pas peur du marteau.
Quand dessus.... »

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