02/09/2022
MANIFESTE · PSYCHOPHOBIE
En choisissant de sortir la nuit, nous exprimons notre désir d’employer notre temps à l’opposé de ce que notre société consumériste et performante nous apprend. Ce moment dédié au sommeil afin d’être productif.ve la journée, nous l’utilisons dans un but non lucratif, le cœur léger, euphorique et dans une volonté de s’ouvrir aux autres cultures, individus, cultes et autres. En affirmant son choix de fréquenter des milieux dits alternatifs, on confirme une autre manière de penser et de concevoir la vie.
Nous nous sommes interrogé.e.s sur notre désir de considérer la nuit (et nos journées) comme une hétérotopie. L’hétérotopie est une notion théorisée par Michel Foucault selon laquelle il existe des lieux où toutes les règles sociales sont abandonnées et cet abandon est accepté. Dans sa théorie, le philosophe promeut surtout la scène de théâtre où le temps et l’espace peuvent s’abstraire de tout symbole ou objet, mais qu’en est-il de nos espaces de fête libres ? Ces espaces que nous voulons créer, transgressent les normes sociales dans leur définition même. Nous voulons croire en une société où la manière de penser n’est pas conformée à la productivité capitaliste mais où toutes les individualités peuvent se rencontrer.
Si nous faisons le choix de disposer de notre temps et de notre corps en dehors du système, c’est dans le but de donner la libre expression à ce que nous appelons « la folie ». Cette folie qui effraie notre société, qui la déteste et l’instrumentalise.
« Il faut être fou pour violer », « Avec sa tenue, on dirait qu’elle sort de l’asile », « La non-binarité est le fruit des dégénérés ».
Cette assimilation de la folie, de la neuroatypicité ou tout simplement de l’anticonformisme aux crimes et délits, empoisonne notre manière de considérer l’Autre et détourne le regard des dangers du capitalisme. Nous avons toustes, à un moment, été traité.e de fou·olle·s car on a décidé de ne pas suivre un système toxique qui tue notre planète et nos individualités. Pourtant, nous le voyons bien, se conformer au moule nourrit cette société qui nous martèle sans cesse que nous ne sommes pas assez comme il faut, nourrit nos insécurités et se tient à contre-courant de notre humanité. Ainsi, nous avons décidé de ne pas laisser la folie collective prendre le dessus sur nos individualités folles.
Célébrons ensemble nos folies anti-systémiques. Gangrénons le capitalisme en laissant exprimer notre folie là où il ne nous attend pas. Ne laissons pas des schémas de sociabilisation formalisés définir notre manière d’interagir.