03/01/2026
Ma plus grande expérience!
Je voudrais vous raconter ma plus grande expérience.
Une expérience très douloureuse, mais aussi incroyablement bénéfique.
Pour que vous puissiez bien comprendre, je dois d’abord vous expliquer brièvement mon parcours. Beaucoup me connaissent aujourd’hui, mais je suis devenu ce que je suis grâce à mes expériences, et non grâce à des followers.
Tout commence en 1993. Après avoir essayé de mixer chez un ami, j’ai immédiatement ressenti quelque chose de captivant. C’était fascinant, mais aussi incroyablement compliqué : toucher le disque, caler un morceau… presque impossible.
J’ai quand même acheté des platines et je me suis lancé.
Au début, c’était entre potes, puis des soirées privées, et ensuite des FREE, souvent au col de Braus. Il y avait beaucoup de monde, parfois même trop, surtout lorsque certaines soirées à Nice étaient annulées.
J’étais totalement tétanisé à l’idée de passer derrière les platines.
Je vomissais avant de jouer, et quand venait mon tour, mon bras tremblait tellement que j’avais du mal à poser le diamant sur le disque. Je ne levais jamais la tête avant deux ou trois mixes…
Il faut se remettre dans le contexte : j’avais peu d’expérience et, à l’époque, les gens venaient vraiment écouter les DJs. Devant vous, il y avait toujours une foule qui observait chacun de vos gestes. Pour moi, c’était terrible.
Mais malgré cette peur, j’ai continué à affronter la situation.
J’ai mixé jusqu’en 2002. Avec ma femme, nous avons voulu des enfants. Il était temps de se calmer : soirées égalaient fêtes, trop de fêtes… stop.
Après la naissance de mes deux enfants, je n’ai plus touché aux platines pendant des années. Puis, en 2010, j’ai réécouté de la techno. Les sons avaient changé : plus ronds, moins bruts, mais très intéressants.
Je m’y suis remis à fond.
J’ai retrouvé un style qui me correspondait vraiment, qui me représentait.
En 2015, alors que je rejouais sur Menton, Nice et les alentours, ma femme m’a parlé d’un festival : l’Amnezik Tour, qui organisait un contest.
Je lui ai dit clairement que sur vinyle, je n’avais aucune chance, surtout pour un festival d’une telle ampleur. Mais elle a insisté :
« Fais-le, j’ai confiance en toi, tu as largement tes chances. »
Moi, je n’y croyais pas.
J’ai tenté… j’ai gagné.
Je me suis retrouvé sur le même plateau que Phuture Traxx, Niereich, Angy Kore, pour ne citer qu’eux.
Organisation au top, conditions parfaites, expérience incroyable… tout était réuni.
Mais la suite arrive.
L’année suivante, je décide de participer à l’Electrobotik Invasion 2016.
Un plateau de folie : Derrick May, Paul Ritch, Rebeka, Marco Plex, Ellen Allien, Paco Osuna…
J’avais tout juste 41 ans. C’était maintenant ou jamais.
Il fallait absolument que je gagne pour enfin montrer ce que je savais faire et espérer que des portes s’ouvrent.
Mon attente, mon espoir… tout était énorme.
Plus de 200 DJs participaient.
Certains avaient déjà plus de 2000 votes. Autant dire que pour les votes, je me suis dit que c’était mort.
Mais il était précisé que l’organisation choisirait aussi un DJ selon un coup de cœur, indépendamment des votes.
Ayant gagné le contest précédent, j’avais enfin confiance en moi et conscience de mes qualités. Je me suis dit que je pouvais quand même gagner.
Le jour J arrive…
Et oui, je gagne le contest R2D2 Techno, avec à peine 300 votes.
Waouh.
Dans toutes mes expériences, cette victoire était énorme. Je me voyais déjà mettre le feu.
Et c’est là que ma plus grande expérience allait commencer.
Une fois sur place, mixer était impossible.
Les platines sautaient.
Même avec des balles de tennis sous les pieds des platines, rien n’y faisait.
J’ai dû mixer « patte de velours », sans bouger, reprendre plusieurs fois chaque mix. Perte de temps, impossible de montrer mes capacités.
C’était nul. Pitoyable.
Mais j’ai mixé jusqu’au bout.
Terrifiant. Frustrant. J’étais désespéré.
La déception a été encore plus grande que mes attentes.
Je vous le dis clairement : j’en ai pleuré juste après.
J’ai dit à ma femme :
« J’arrête de mixer. »
Quel moment difficile à encaisser.
Mais finalement, après ça, plus rien de pire ne pouvait m’arriver.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort… et c’est vrai.
Comme quoi, la plus grande expérience n’est pas toujours une victoire, mais parfois la plus grande désillusion.
Alors n’abandonnez jamais.
Dites-vous que ce ne sont que des leçons. Tout est bon à prendre.
Je m’en suis rendu compte peu de temps après, lors d’une invitation à Radio Mosaïque FM.
Je mixais en live pour la première fois là-bas. Dès mon entrée, premier mix : erreur. Une erreur que je ne rattrape pas. Un mix raté, chose qui ne m’arrivait jamais à ce niveau.
Je prends sur moi.
Deuxième mix… ça saute en plein mix.
Je me souviens encore du regard de Maxime.
Et là, je me suis dit :
« Bon… qu’est-ce qu’il peut m’arriver de pire maintenant ? »
J’ai ensuite fait un très bon set.
Je devais mixer une heure, ils m’ont finalement laissé 2h30, et m’ont rappelé par la suite.
C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que j’avais acquis.
Ensuite, beaucoup m’ont vu lors des soirées Satellites 2.0, au Kwartz, à l’Antre, au BoomCœur, Festipotes, etc.
L’assurance que j’ai aujourd’hui vient principalement de ces moments compliqués.
Mais au fond, je suis toujours stressé avant de jouer… simplement, aujourd’hui, je contrôle ce stress.
Seule l’expérience peut nous offrir ça.
En aucun cas les followers.
DJ RévoltèK