28/08/2026
LA DIVERSIFICATION DES HIPPODROMES dont Hippodrome de Maure de Bretagne
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Hippodromes, la diversification au galop
www.lesechos.fr - Martine Robert
28 août 2026
Spectacles de drones, festivals, conventions, événements gastronomiques, les champs de courses cherchent à compenser la baisse des paris hippiques. Ces lieux, souvent méconnus, deviennent des espaces polyvalents, attirant un public varié et générant de nouvelles recettes indispensables à leur survie.
La PME rémoise Magic Drone termine les 28 et 29 août à Divonne-les-Bains (Ain) une tournée estivale de son « Voyageur des rêves » passée par Pornichet, Deauville, Vichy, Le Touquet. Un spectacle réalisé avec un millier de drones, narré par Richard Darbois, la voix française de Buzz l'éclair et d'Harrison Ford. « Les hippodromes disposent de son, lumière, gradins. Ils ont la taille nécessaire pour assurer la sécurité du public. Ce sont des écrins de verdure au coeur des villes. Tout cela en fait des sites intéressants pour des projets événementiels » résume le consultant Arnaud Bassery.
Les 8 et 9 août, c'est l'hippodrome de Clairefontaine près de Deauville qui accueillait le festival Gärten on the Beach. Le lieu qui reçoit régulièrement des producteurs du terroir normand, a déjà attiré en mai le Barbecue Fest Normandie avec musique live, exposants spécialisés et gastronomie au feu de bois….
Si les hippodromes accélèrent leur diversification, c'est qu'ils ont besoin de recettes nouvelles. Les paris hippiques enregistrés par le PMU sont en baisse, une manne qui alimente pourtant toute une filière : on compte 140.000 équidés engagés dans des courses chaque année selon l'Afasec, 233 hippodromes, plus de 10.000 propriétaires, 2.500 jockeys et drivers…
Un écosystème nourri par les paris
Sur 10 milliards d'enjeux hippiques en 2023, le PMU en a reversé 75 % aux parieurs, 9 % à l'Etat et autant à la filière, soit 835 millions pour financer l'écosystème : l'organisation des courses par les « sociétés mères », France Galop et la SETF pour le trot ; les primes aux éleveurs et propriétaires gagnants, celles versées aux entraîneurs et aux jockeys pour attirer les meilleurs ; leur formation ; l'entretien des infrastructures…
Mais depuis le pic enregistré en 2023, les turfistes déclinent et seulement 802 millions ont pu être reversés à la filière en 2025 car les paris ont fondu à 7,5 milliards d'euros. Et ce phénomène semble structurel. Après une croissance quasi continue des paris hippiques de 1990 à 2012 portée par l'extension du réseau PMU et l'arrivée du numérique, l'érosion s'est, depuis, installée. Et après un rebond post-Covid, le recul a repris face à d'autres paris en ligne et au désintérêt pour les courses. Or France Galop et la SETF tirent 90 % de leurs ressources du PMU.
« Nous devons nous transformer pour que cela ne représente plus que 70 %, mener une politique commerciale tonique voire agressive » estime Laurent Dupont, directeur exécutif revenus, marque & attractivité de France Galop.
« Penser l'impossible »
Car par un effet domino, les dotations des sociétés mères à l'égard des hippodromes en région ne représenteront bientôt plus que 50 à 60 % de leurs ressources contre 60 à 75 % précédemment. ParisLongchamp, exploité par France Galop, fait figure de modèle. Repensé par l'architecte Dominique Perrault en 2018, il a été conçu pour accroître les hospitalités et attirer des événements majeurs comme La REF , les JeuXdi mixant courses et DJ set en collaboration avec Paris Society, les festivals Solidays, Lollapalooza, ou Off Track programmé avec Live Nation l'été prochain…
PMU : le gouvernement appelle à une réforme en profondeur
« Pendant vingt ans, nous avons été centrés sur les paris hippiques. Aujourd'hui, il faut garder l'ADN des courses mais le pimenter, faire des hippodromes des lieux d'expérience complète, travailler d'autres revenus : créer un hébergement sur un hippodrome comme Accor l'a fait au Parc des Princes, intégrer une épreuve phare comme le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe dans un jeu vidéo, s'inspirer de Roland-Garros pour repenser le merchandising, le droit à l'image, le billet d'entrée très modeste par rapport à d'autres sports… » énumère Guillaume Herrnberger, codirecteur général délégué de France Galop. Une diversification qui doit aussi rendre ces sites moins météo-dépendants. « La canicule estivale a fait perdre des dizaines de millions d'euros de paris, du fait des changements de lieux, d'horaires, de dates, des courses », rappelle-t-il.
Des infrastructures à des coûts maîtrisés
Les hippodromes en régions cherchent aussi à valoriser leur dynamisme auprès des collectivités locales, propriétaires dans 60 % des cas. Car si les plus actifs comptabilisent 50 à 80 jours de courses par an, d'autres en enregistrent seulement 12 à 30, et doivent justifier de leur utilité. Même des hippodromes ruraux comme Feurs en Auvergne ou Maure-de-Bretagne, ont depuis longtemps affirmé leur volonté d'être des acteurs sur leur territoire, le premier accueillant le cross des écoles, le forum des associations…, le second recevant régulièrement les entreprises de Rennes et leurs clients, en complément du parc expo.
« Ces hippodromes sont loin d'être des verrues élitistes et sous-utilisées. Ils sont tenus par des sociétés de course au statut associatif, tournent principalement avec des bénévoles, génèrent une activité économique et sociale, à un coût de production très maîtrisé. Et l'Etat reverse aux collectivités concernées un pourcentage des enjeux, de l'ordre de 800.000 euros à Paris ou Nice, de 500.000 euros à Lyon, d'environ 350.000 à Compiègne et Toulouse, censé leur permettre de soutenir ces sites. Malheureusement trop peu ont compris cet intérêt et certaines risquent de se réveiller trop t**d » pronostique Pierre Préaud.
Recherche clients tous azimuts
« Tous les hippodromes veulent élargir leur public en organisant des brocantes, salons du terroir, conventions, lancements de produits. Et en commercialisant tous les espaces : de l'accueil d'un cirque sur le parking à celui d'un practice de golf à l'intérieur des pistes, en passant par une pépinière de start-up dans les bureaux inoccupés » constate Pierre Préaud, de la Fédération nationale des courses hippiques. « Nos clients veulent de l'authenticité. Nous incluons souvent le cheval dans nos offres. Ce peut être du dressage pour un congrès médical, une course à son nom pour un grand groupe, selon leurs cibles clients, commerciaux, salariés… » renchérit Axelle Maitre, directrice de l'hippodrome de Clairefontaine, tandis que pour Laurent Dupont, de France Galop, « les champs de courses sont disruptifs, de la retransmission de matchs à Longchamp à la dégustation de ch*****ne à 40 mètres de haut pour un suivi imprenable des courses à Chantilly…».
Le spectacle « Voyageur des rêves » conçu par la société rémoise Magic Drone pour être présentée dans les hippodromes termine sa tournée d'été au champ de courses de Divonne-les-Bains les 28 et 29 août.
Credits: Photo Vincent VDH
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