16/08/2026
LA TÊTE À L’AN VERT
Depuis juin les stigmates de la sécheresse se cachent où ? Sur nos fairways et roughs, là, jaunis….han han !
Green-keeper devient-il un métier sur le sable sans repères et sans solutions ?
L’écume est là, nul doute nous sommes au bord de l’amer… Le vague à l’âme a l’effet d’un rouleau sur lequel personne ne peut surfer…Les seules mouettes visibles sont celles de Chandon qu’on reconnaît au son des bulles…Face à l'amer, des bouteilles vides et puis espère…Heureusement je n’ai pas tendance à lever le coude ni baisser les bras!
La facilité serait de tout balancer, car à quoi bon dépenser tant d’énergie pour permettre à quelques nantis de taper dans une petite b***e blanche sur ce tap*s verdoyant que nous avons tant chéri.
Mais non, cette image de Sahara picard doit nous faire réfléchir car il y a toujours un tant mieux dans un tant p*s et c'est pourquoi le positif doit l’emporter, lui qui se tourne vers l’avenir…
Corriger les erreurs du passé alors que le présent n’est pas rose semble un parcours semé d’embûches, à défaut de graminées… mais heureusement l’espoir est là, avec les outils pour donner un sens à l'avenir de notre profession.
EN VERT ET CONTRE TOUT ?
Un gazon fort et vert pour toujours?
Visiblement non au vu des restrictions d’eau qui condamnent pour le moins l’arrosage des roughs et fairways mais peuvent aussi concerner départs et greens. Au 15 août en France, il y a:
72 départements qui comptent des zones au NIVEAU CRISE ( seuls les greens peuvent être arrosés dans la limite de 30 % ou 50m3/jour/ 9 trous.
17 départements qui comptent des zones au NIVEAU ALERTE RENFORCÉE ( Seuls les greens et départs peuvent être arrosés avec baisse de 60 % des apports d’eau)
7 Départements qui comptent des zones au niveau ALERTE (arrosages interdits de 8h à 20h avec baisse de 30 % des apports d’eau)
3 départements qui comptent des zones au niveau VIGILANCE (pas de restrictions mais une incitation à baisser les consommations).
Le bassin de la Nonette-Thève, qui dessert notre golf, est aujourd’hui en VIGILANCE. Sur le papier nous pourrions donc continuer d’arroser l’ensemble du golf, mais nous ne le faisons pas ! Compte tenu des 3 périodes de canicule subies, il aurait été farfelu d’irriguer fairways et roughs car les quantités d’eau nécessaires obligeaient à faire tourner les sprinklers toute la journée… raisonnable ? NON.
Il ne s’agit pas pour nous de faire une communication opportune pour justifier nos fairways décrép*s, simplement d’être fiers d’avoir toujours été dans les clous de la législation, mais surtout de notre conscience.
Il est probable que dans les années à venir d’autres vagues de canicule traverseront la Picardie, autrefois raillée pour son climat pluvieux, mais de plus en plus aride sur de longues périodes. Il faudra alors s’adapter à la situation.
L’AN VERT…DU DÉCOR ?
Être sur la paille ne voudra pas dire ne plus rien avoir, car les solutions existent aussi bien dans le sac des golfeurs que dans le hangar des Green-Keepers.
Solutions, pas miracles qu’on soit bien d’accord…Votre hybride suppléera à merveille votre fer 5 et nos graminées résistantes à la sécheresse remplaceront quelques m3 d’eau bien plus utiles à hydrater la population. Bien entendu, je parle ici de nos seuls fairways, vrai tendon d’Achille du parcours, alors que d’autres golfs en CRISE doivent affronter un challenge bien plus compliqué puisque les restrictions touchent leurs greens bien plus fragiles.
De la même façon que la profession a obtenu des dérogations pour l’utilisation des produits phytosanitaires grâce à une vraie prise de conscience et au combat récurrent de nos associations professionnelles, on peut imaginer qu’il en soit de même pour l’usage de l’eau. Sans forcément attendre les restrictions d’eau, nous devons quoi qu’il en soit moins arroser pour convaincre le moment venu les autorités de nous accorder un minimum vital pour les greens. Je reste optimiste pour qu’une issue favorable soit trouvée en complément de nos changements dans nos méthodes culturales et d’entretien.
Et puis, plutôt que d’être vert de rage, il faut se persuader comme l’écrivait Van Gogh: « Que c’est beau le jaune». Je ne vais pas me couper l’oreille et rester sourd à votre inquiétude devant ce paysage agité du fairway ressemblant à un « Champ de blé aux corbeaux ».
Au mois d’octobre, aidé je l’espère par un retour des précipitations, nous procéderons à un sursemis pour densifier le tap*s. Et quant à cette plante rampante qui a pris la place du gazon, la renouée des oiseaux, elle disparaîtra toute seule car c’est une annuelle.
Un jour, un oiseau chantait cette belle promesse « Dans la sécheresse, on découvre les bonnes sources » c’était un pic’hardi…pardi!
Bonne fin d’été
Jean Louis Mignon