03/05/2026
MUGUET DU 1ER MAI : L’ENVERS DU DECOR
Au nom d’une tradition, chacun y va de ses convictions et tous les ans, le muguet du 1er mai tourne un peu plus au grand n’importe quoi.
Côté acheteurs, c’est la conviction que les fleuristes « se gavent » et qu’il faut acheter le muguet aux vendeurs des rues. Et selon la sacro sainte formule « parce qu’on a toujours fait comme ça », continuons ainsi sans se poser les bonnes questions. On compare l’incomparable : du muguet glané (sans charges) et du muguet cultivé (coût de production, coût de transport, charges du fleuriste revendeur). On choisit son vendeur de rue sans regarder s’il contrevient à la loi.
Côté vendeurs des rues, c’est un festival d’infractions à la loi : vente de muguet emballé, muguet mélangé à d’autres fleurs, point de vente établi avec table, chaises et parasol et qui parfois ne respecte pas non plus la distance imposée avec la boutique d’un fleuriste. C’est aussi un festival d’incompétence : muguet sans eau, maturité du brin non prise en compte, ajout d’une fleur d’une autre espèce et pourquoi pas une espèce protégée (voir ma vidéo). Sur ma vidéo, un vendeur des rues à Mozac dans le Puy-de-Dôme (63), en ce 1er mai 2026, a cueilli une orchidée sauvage, espèce protégée pour la mélanger à son muguet. Le cadre légal permet en principe de prévenir ces dérives mais le nombre de contrôles demeure insuffisant et laisse libre cours.
Côté producteurs, les horticulteurs se bataillent contre la pousse du muguet de plus en plus précoce du fait du réchauffement climatique. Le muguet étant une plante de sous-bois qui aime l’humidité, sa culture est particulièrement délicate. Le recours à des frigos pour retarder sa pousse et faire coïncider sa maturité avec la date du 1er mai pose très clairement la question de la faisabilité : une tradition peut-elle se maintenir si elle engage des pratiques qui ne sont pas éco-responsables ?
Côté fleuristes, c’est une prise de risques économiques : le muguet se commande à l’avance. Combien de brins commander ? Une fois arrivé en boutique, le muguet est fragile et demande une grande vigilance pour sa bonne conservation. Y aura-t-il assez de clients ? Est-ce qu’il sera possible de faire travailler ses salariés pour faire face à la charge de travail ? Devant la multiplication des contraintes et des dérives, des fleuristes font désormais le choix de fermer le 1er mai.
En tant qu’artisan fleuriste, ce sujet ne m’impacte pas seulement économiquement, il me préoccupe vraiment et me questionne pour l’avenir. Il ouvre des débats qui le dépassent largement : quelle vision du vivant l’humain a-t-il ? Le végétal doit-il se réduire à un produit de consommation avec lequel une fois de plus nous faisons collectivement n’importe quoi ?
Pour terminer cet article, il m’a semblé important de conclure sur un sujet formateur : la glane éco-responsable.
La glane éco-responsable c’est le droit de cueillir des végétaux sauvages en respectant certaines règles :
Ø Ne jamais cueillir d’espèce protégée,
Ø Ne jamais arracher la racine d’une fleur pour qu’elle puisse repousser par suite (même principe pour les champignons),
Ø Ne jamais cueillir toutes les fleurs d’une même espèce au même endroit : votre passage doit permettre de préserver suffisamment de fleurs pour les insectes pollenisateurs,
Ø Marcher avec précaution autour des fleurs afin de ne pas en écraser inutilement,
Ø Se souvenir que notre passage doit se montrer le moins invasif possible et non destructeur.