15/06/2026
Après des mois d'attente, le jugement est tombé concernant les vols commis dans mon distributeur automatique de sushis.
Les prévenus, Joris L. et Sylvain L. étaient poursuivis pour des faits de vol aggravé en réunion ainsi que pour des dégradations commises sur le distributeur. Malgré les images de vidéosurveillance produites dans le dossier, un seul des deux prévenus a reconnu les faits et un seul était présent à l'audience.
À l'issue des débats, le tribunal a requalifié les faits en simple vol en réunion. Les dégradations n'ont donc pas été retenues par la juridiction. En conséquence, aucune indemnisation ne m'a été accordée pour les dégâts subis pour le distributeur.
Les prévenus ont été reconnus coupables du vol et condamnés à me verser :
• 561 euros au titre du préjudice matériel lié au vol ;
• 1 200 euros au titre du préjudice moral ;
• 2 000 euros au titre des frais d'avocat.
Pourtant, les honoraires de représentation m’ont coûté 3 200 euros.
Après déduction de ces frais, il apparaît que la seule somme réellement indemnisée est de 561 euros, sous réserve encore que les condamnés soient solvables et qu'ils paient effectivement les sommes dues.
Face à ces montants dérisoires, je souhaite rappeler la réalité des pertes subies.
Le distributeur a été fortement endommagé. Un devis de réparation de 9 382 euros a été établi. Cette somme reste aujourd'hui entièrement à ma charge.
À plusieurs reprises, nous avons dû nous rendre à la gendarmerie pour déposer plainte et compléter la procédure. Quatre déplacements ont été nécessaires, représentant plusieurs heures d'attente et de démarches.
Durant plusieurs nuits consécutives au mois de novembre, les faits se sont répétés. L'inquiétude, le stress et le manque de sommeil ont profondément marqué notre quotidien.
Aujourd'hui encore, j'appréhende les périodes hivernales, lorsque la nuit tombe tôt et que je me retrouve seul dans mon commerce.
Depuis ces événements, le distributeur ne fonctionne plus normalement. Chaque jour, des clients se présentent pendant les heures de fermeture du restaurant sans pouvoir acheter nos produits. Beaucoup nous témoignent leur déception.
De mon côté, je subis depuis des mois une perte importante de chiffre d'affaires tout en continuant à payer les charges liées à cet équipement devenu inutilisable.
J'ai également dû consacrer une journée entière à l'audience alors que j'aurais dû être présent dans mon entreprise pour servir mes clients.
En tant qu'entrepreneur, chaque journée de travail compte.
Je suis étrangère et j'ai choisi de construire ma vie professionnelle en France. J'aime profondément ce pays, ses habitants et les opportunités qu'il m'a offertes. C'est précisément pour cette raison que cette décision me laisse aujourd'hui avec de nombreuses interrogations, notamment sur la place accordée aux victimes et aux entrepreneurs lorsqu'ils subissent des actes de délinquance qui bouleversent durablement leur activité économique.
Aujourd'hui, je ne ressens ni soulagement ni sentiment de justice.
Les auteurs ont été reconnus coupables du vol. Pourtant, le distributeur qu'ils ont forcé pour quelques boîtes de sushis ne sera pas réparé. Les milliers d'euros de pertes accumulées depuis des mois ne seront pas remboursés. Les journées perdues, les nuits blanches, le stress, l'angoisse et les conséquences sur mon activité resteront entièrement à ma charge.
Le message qui m'est envoyé aujourd'hui est simple : lorsqu'un entrepreneur est victime, il doit assumer seul l'essentiel des conséquences.
On nous demande d'investir, de créer de l'activité, de payer des impôts, des charges, des assurances, de créer de l'emploi et de participer à l'économie locale. Mais lorsque nous sommes frappés par la délinquance, nous découvrons que la reconnaissance de notre préjudice a parfois bien peu à voir avec la réalité que nous vivons.
Lorsque les décisions de justice sont rendues « au nom du peuple français », les citoyens sont en droit de se demander quel message est adressé à ceux qui travaillent, investissent et prennent des risques chaque jour.
Je laisse chacun apprécier l'écart entre les dommages réellement subis et la réparation effectivement obtenue.
Au cours de cette procédure, j'ai également beaucoup appris sur le fonctionnement de la justice française, qui est très différent de celui de mon pays d'origine.
J'ai appris qu'un prévenu pouvait choisir de ne pas se présenter à son audience.
J'ai appris qu'au cours des débats, certaines affirmations de la défense pouvaient sembler éloignées de la réalité des faits.
J'ai appris qu'une victime pouvait parfois avoir le sentiment d'être interrogée et mise en doute autant que les auteurs des faits eux-mêmes.
J'ai appris que des dégradations pourtant constatées sur le terrain par les gendarmes pouvaient finalement ne pas être retenues par les magistrats.
J'ai appris que la victime devait avancer les frais d'avocat et qu'ils pouvaient ne pas être remboursés dans leur intégralité par les condamnés.
Et enfin, j'ai appris qu'il était possible de voler des sushis dans un distributeur automatique sans que cela ne soit considéré comme une dégradation de celui-ci.
J'ai du mal à comprendre comment il est possible d'accéder à des marchandises enfermées derrière des portes sécurisées sans exercer de contrainte sur les mécanismes précisément prévus pour empêcher ce type d'intrusion, et sans qu'il en résulte de dommages.
Je ne cacherai pas ma colère, ma déception et mon incompréhension face à une situation où ceux qui ont subi les conséquences les plus lourdes de cette affaire restent, finalement, ceux qui en supportent encore l'essentiel du coût.
Cette affaire me conduit évidemment à m'interroger sur l'avenir de mon activité et, plus largement, sur la poursuite de mon investissement, de mon énergie et de ma vie dans ce pays.
Ploypatcharin LARGE – Le kiosque à Sushi