07/05/2026
—Maître, je suis fatigué d'être dans ce monde. Il y a des jours où je ne comprends rien...
—C'est toi qui l'as choisi.
—C'est moi qui l'ai choisi ?
—Sans aucun doute.
—Tu veux me dire que j'ai choisi de vivre dans ce monde de tristesse, de solitude, de désespoir, de cruauté et de mort ? Que j'ai décidé de passer par tant de situations de désamour, de frustration et de souffrance ? Que j'ai choisi la famille que j'ai, avec tous les conflits et les déboires qu'elle m'a causés tout au long de ma vie ? Tu veux vraiment me faire croire que c'est moi qui ai voulu, volontairement, passer par tout ça ?...
—Non seulement tu l'as choisi, mais tu l'as planifié avec soin...
—Si c'est vraiment comme tu le dis, pourquoi je ne m'en souviens pas ?
—Si tu t'en souvenais, l'expérience n'aurait guère de sens. Il n'y a pas d'éveil sans sommeil, ni de souvenir sans oubli...
—Souvent, j'aimerais partir d'ici. Parfois, je sens que je n'en peux plus. C'est insupportable de voir et d'expérimenter certaines choses.
—C'est compréhensible, mais l'idée n'est pas que tu partes, mais que tu saches clairement pourquoi tu es venu.
—Alors, pourquoi suis-je venu ? Parfois, je pense que je suis juste venu pour souffrir...
—Non. Tu es venu pour "t'éveiller", comme je te l'ai dit. Le fait qu'il te soit si difficile d'être ici est un signe sans équivoque que cet éveil est déjà en marche. Beaucoup de gens ne se questionnent même pas sur la réalité dans laquelle ils vivent et croient que les choses ont toujours été (et seront toujours) ainsi. Ton inconfort, cependant, te conduit vers une compréhension nouvelle, à te poser des questions, à envisager d'autres façons de comprendre l'existence. Quand tu commences à percevoir que les choses n'ont pas à être toujours ainsi, surgit la possibilité de créer d'autres types de choses. Des choses nouvelles. Enthousiasmantes. Plus agréables. Pour cela, il faut beaucoup de bravoure, beaucoup de courage, beaucoup d'audace, car il est très simple de tomber dans l'immobilisme et la résignation. L'être humain est bloqué dans ces deux concepts depuis trop longtemps. C'est pour ça que tu es ici : pour apporter cette nouvelle énergie, cette nouvelle compréhension, cet nouvel élan.
—Mais comment ? Souvent, je me sens paralysé. Inondé par la peur et la confusion. Je suis conscient que les choses peuvent être différentes, mais j'ai beaucoup de mal à croire au changement. C'est comme si j'étais dominé par une inertie triste et monotone qui m'accable et m'empêche d'aller au-delà de mes limites, de mes croyances, de ce que je vois quotidiennement dans mon environnement... Je ne peux m'empêcher de penser que ma présence est insignifiante, très peu précieuse... Comment sortir de cette boucle de peur et d'impuissance ?
—En te libérant de ton identité de victime et en prenant conscience de ton pouvoir intérieur, qui est bien plus immense que tu ne pourras jamais l'imaginer. S'éveiller consiste à reconnaître ce pouvoir et à lui faire confiance. Pour cesser d'être une victime, tu dois d'abord reconnaître que tu en es une. C'est le moment le plus critique dans tout éveil, car l'identité plaintive luttera pour ne pas céder son trône. L'étape suivante est de faire confiance. Avoir confiance en toi-même, en ton cœur, en ce que te dicte ton âme. Te rends-tu compte que tu n'as jamais eu confiance en toi ni en la vie ? Tu as toujours regardé à l'extérieur, essayant de plaire, de faire ce que les autres faisaient, de t'intégrer, de ne pas paraître "bizarre"... Mais tu sais que ce n'est pas la solution. Va à ton intérieur, explore et observe ce qui en jaillit... Reconnais qu'il y a quelque chose en toi qui aspire à émerger, à s'exprimer, à sortir à la lumière... Donne-lui son espace. Permets-toi d'être. Et souviens-toi que fuir n'est pas l'objectif, mais s'éveiller à la compréhension qu'il n'y a rien à fuir. Quand la conscience émerge, n'importe quel lieu peut se transformer et fleurir. La paix, enfin, arrive.
—Merci du fond du cœur, maître.
Javier López Alhambra
Via Le chemin de L’âme