31/07/2026
Licences de spectacles : organiser oui, compliquer la vie des professionnels non !
Après près de 30 ans passés dans le monde du showbiz et de l’événementiel, avec ses moments de bonheur, ses grands défis et ses nuits parfois très courtes, je suis actuellement en France et je suis avec beaucoup d’attention les nouvelles dispositions annoncées par l’APROS-CI concernant la mise en place des licences pour les entrepreneurs de spectacles vivants.
Soyons honnêtes : vouloir assainir le secteur, mieux organiser les activités, renforcer la sécurité des événements et donner davantage de crédibilité aux professionnels est une excellente initiative. Nous ne pouvons qu’encourager toute réforme qui vise à valoriser notre métier et à faire grandir l’industrie culturelle ivoirienne.
Mais il faut aussi avoir le courage de poser les bonnes questions. Une réforme ne doit pas devenir un obstacle pour ceux qui font vivre ce secteur depuis des années.
Le spectacle vivant ne s’est pas construit uniquement dans les bureaux administratifs. Il est né sur le terrain, dans les salles, sur les podiums, dans les quartiers, avec des promoteurs, des managers, des techniciens et des passionnés qui ont investi leur temps, leur énergie, leurs moyens financiers et parfois sacrifié leur sommeil pour offrir du rêve au public.
Aujourd’hui, évoquer une licence avec un engagement financier pouvant atteindre 10 millions de francs CFA mérite une véritable réflexion. Car la valeur d’un promoteur culturel ne se mesure pas uniquement à son compte bancaire. Elle se mesure aussi à son expérience, à son sérieux, à son réseau, à sa capacité à créer des événements, à gérer les difficultés et à porter la culture ivoirienne au-delà de nos frontières.
À Good Event , nous sommes totalement favorables à la professionnalisation du secteur. Mais professionnaliser ne doit pas signifier exclure. Il ne faudrait pas que demain seuls ceux qui ont les moyens financiers puissent avoir le droit de faire vivre la culture. Sinon, il faudra bientôt une licence pour organiser un anniversaire familial… avec un dossier complet pour expliquer pourquoi le gâteau arrive à 16 heures et pourquoi le DJ a dépassé de cinq minutes son temps de parole ! (sourire)
Nous comprenons et saluons la volonté des autorités d’assainir le milieu culturel. Mais cet assainissement doit se faire avec les acteurs du terrain, dans l’écoute et la concertation.
Beaucoup de promoteurs culturels sont des passionnés, des entrepreneurs courageux qui travaillent avec des moyens limités mais avec de grandes ambitions pour la Côte d’Ivoire. Certains ont déjà prouvé leur sérieux à travers leurs réalisations, leurs immatriculations, leurs expériences et leurs engagements, sans avoir eu besoin de payer des sommes exorbitantes pour démontrer leur professionnalisme.
Nous demandons donc que cette réforme soit repensée dans un esprit d’accompagnement. L’État doit encadrer, former, structurer et protéger les acteurs du secteur. Il doit créer les conditions permettant aux talents et aux initiatives de grandir, plutôt que de dresser une barrière financière à l’entrée.
Le monde culturel ivoirien veut être organisé. Il veut être reconnu. Il veut avancer avec les autorités. Mais il souhaite également être entendu.
Le spectacle ivoirien mérite une meilleure structuration, mais il mérite aussi du respect pour toutes celles et ceux qui, depuis des décennies, contribuent à son développement.
Organiser oui. Professionnaliser oui. Assainir oui. Mais n’oublions jamais ceux qui ont déjà fait leurs preuves et qui continuent, avec passion, de porter la culture ivoirienne.
Parce qu’un peuple sans culture est un peuple sans identité.