Festival Buskersamorges

Festival Buskersamorges 🎶 4eme BuskersÀMorges, c’est déja fini !
➡️ 13 groupes ont enflammé les pavés devant vous. On a été gâtés par le beau temps. Merci à tous d'être venus :)

17/04/2026

Le jour où j’ai arrêté d’apporter le courrier sur le perron d’un vieux monsieur, son vieux chat a continué à m’attendre à la fenêtre, comme si je l’avais abandonné lui aussi.

Pendant onze ans, j’ai fait la même tournée dans l’est de la ville.

Les mêmes trottoirs fissurés. Les mêmes boîtes aux lettres cabossées. Les mêmes petites habitudes que les gens ne remarquent jamais… jusqu’au jour où elles disparaissent.

La maison de Monsieur Petit faisait partie de ces habitudes.

Une petite maison blanche, avec la peinture qui s’écaillait, deux marches un peu affaissées devant l’entrée, et une fenêtre sur rue derrière laquelle on voyait presque toujours la même paire d’yeux.

Pas ceux de Monsieur Petit.

Ceux du chat.

C’était un gros matou roux, avec une oreille un peu déchirée et une tête qui donnait l’impression qu’il trouvait le monde entier décevant. Tous les matins, il était là, assis derrière la vitre, comme s’il était propriétaire de la maison et de la moitié du quartier. Monsieur Petit en riait parfois.

Il me disait : « Ne faites pas attention à Nougat. Il se prend pour le gardien de la rue. »

Je lui tendais son courrier, et Nougat me regardait comme si j’étais en re**rd, même quand je ne l’étais pas.

C’était devenu normal.

Monsieur Petit vivait seul. Sa femme était morte bien avant que je le connaisse. Je ne sais même pas s’il avait encore de la famille. En tout cas, je n’ai jamais vu personne venir. C’était un homme poli, discret, le genre à dire merci d’un petit signe de tête plutôt qu’avec de grands mots.

Certains jours, j’avais l’impression que j’étais le premier être humain à qui il parlait.

Et parfois, je me disais que je serais sans doute aussi le dernier de la journée.

Alors, quand je pouvais, je restais une minute de plus.

Je parlais du temps. Je me plaignais de mes genoux. Je le laissais me raconter comment Nougat avait réussi une fois à ouvrir un placard dans la cuisine pour voler une brioche entière.

Rien d’extraordinaire.

Juste de quoi rappeler à un homme qu’il n’avait pas disparu.

Puis un lundi, la boîte aux lettres était pleine.

Ça arrive. Les gens partent quelques jours. Les gens oublient.

Le mercredi, il y avait déjà des prospectus coincés de travers, et une grosse enveloppe dépassait à moitié. Les rideaux étaient tirés. Nougat n’était pas à la fenêtre.

Je suis resté là plus longtemps que j’aurais dû, le courrier à la main, avec ce froid dans la poitrine qu’on ne sait pas expliquer.

Le jeudi après-midi, c’est une voisine, deux maisons plus loin, qui m’a appris ce qui s’était passé.

Monsieur Petit était mort dans son fauteuil.

Mort naturelle, m’a-t-elle dit doucement. On pensait que ça datait du week-end.

Je me souviens mal de la suite. Seulement du bruit de mes pas jusqu’à la camionnette. Du poids absurde des publicités dans ma sacoche. Et de cette fenêtre vide.

Je me suis dit ce que n’importe qui se serait dit.

Monsieur Petit était sur ma tournée. Nougat était un chat. La vie continue.

Mais le vendredi, j’ai demandé à la voisine si elle savait ce qu’il était devenu.

« Le chat ? » m’a-t-elle répondu. « La SPA est venue le chercher. »

J’ai hoché la tête comme si ça allait.

Puis je suis rentré chez moi, dans mon appartement, je me suis réchauffé une soupe, et je me suis assis à la table de la cuisine avec la télévision en sourdine. L’appartement me paraissait trop silencieux. Et je n’arrêtais pas de revoir ce vieux chat roux derrière la fenêtre, en train d’attendre quelqu’un qui ne reviendrait plus.

Le dimanche matin, j’étais dans ma voiture, en route pour le refuge.

Je me suis dit que j’allais juste me renseigner.

C’était faux, même si je ne voulais pas encore me l’avouer.

Une jeune femme à l’accueil a retrouvé sa fiche et m’a lancé ce regard que les gens ont parfois pour les vieux meubles qu’on laisse sur le trottoir.

« Chat âgé, m’a-t-elle dit. Très renfermé depuis son arrivée. Il mange à peine. »

J’ai demandé si je pouvais le voir.

Elle m’a fait passer devant les chiens qui aboyaient, devant les autres chats nerveux, puis elle s’est arrêtée devant une cage au fond.

Pendant une seconde, je ne l’ai presque pas reconnu.

Nougat avait l’air plus petit. Son poil était terne. Son dos semblait voûté. Il n’était plus assis bien droit comme un roi grincheux derrière sa vitre. Il était recroquevillé dans un coin, sur une couverture, comme s’il essayait de prendre le moins de place possible au monde.

La jeune femme m’a dit :

« D’habitude, il ignore tout le monde. »

Je me suis approché.

Nougat a levé la tête.

Il m’a regardé une longue seconde.

Puis il s’est levé, il est venu tout droit contre la grille, et il a collé son visage contre les barreaux.

Il n’a pas miaulé. Il n’a pas fait de cinéma.

Il m’a juste regardé.

Comme s’il me disait : Enfin. Tu en as mis, du temps.

J’aimerais pouvoir dire que je suis resté digne.

Ce n’est pas vrai.

Quelque chose en moi s’est ouvert d’un coup, là, dans cette allée du refuge.

C’était peut-être le chagrin pour Monsieur Petit. Peut-être la culpabilité. Peut-être juste le fait de comprendre que pendant toutes ces années, je n’avais jamais imaginé que ce chat me remarquait autant que moi je le remarquais.

Mais c’était le cas.

Parmi tous les gens sur terre, j’étais quelqu’un de familier pour lui.

La jeune femme a adouci sa voix.

« Les animaux âgés supportent mal les changements, parfois. »

J’ai hoché la tête, mais ce n’était pas seulement ça.

Ce n’était pas un simple changement.

C’était une perte.

Et ça, je connaissais.

J’étais divorcé depuis huit ans. Ma fille vivait à plusieurs heures de route. On s’appelait, mais pas autant qu’on aurait dû. Mon appartement était propre, calme, et solitaire d’une façon que j’avais arrêté de nommer à voix haute. Le soir, personne ne m’attendait. Le matin, personne ne remarquait vraiment si j’étais parti.

J’ai regardé Nougat et je me suis dit :

Toi aussi, alors.

J’ai demandé ce qu’il fallait signer.

La jeune femme a cligné des yeux.

« Vous voulez l’adopter ? »

J’ai ri avec les larmes qui montaient.

« Mademoiselle, je crois surtout que c’est lui qui m’a choisi. »

Le premier soir à la maison, Nougat est resté caché sous le canapé pendant trois heures. Je me suis dit que j’avais peut-être fait une erreur. Qu’être un visage connu dans un refuge, ce n’était pas la même chose qu’avoir sa place dans un nouveau foyer.

Puis vers neuf heures, il est sorti, il a sauté sur le fauteuil près de la fenêtre, et il s’est assis dans le noir.

Ă€ attendre.

J’ai senti ma gorge se serrer.

Pendant une seconde, j’ai cru qu’il attendait encore Monsieur Petit.

Puis je me suis levé pour fermer la porte à clé, et Nougat s’est retourné. Il a sauté du fauteuil et il m’a suivi jusque dans la cuisine. Là, il s’est frotté une fois contre ma jambe, lentement, avec assurance.

Comme s’il venait de prendre une décision.

Ça fait six mois maintenant.

Et aujourd’hui, chaque après-midi, quand je rentre, il y a un chat roux assis à ma fenêtre.

Pas parce qu’il est resté coincé dans le passé.

Pas parce qu’il a oublié l’homme qu’il a aimé le premier.

Mais parce qu’après toute cette peine, il a décidé d’aimer encore.

Et pour dire vrai, moi aussi.

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À l’approche des fêtes, nous souhaitions adresser un immense merci et nos meilleurs vœux à celles et ceux qui ont fait vivre l’aventure dans ce voyage autour du Monde :

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🎭 les artistes, pour l’émotion, l’énergie et la créativité partagées
💛 les bénévoles, pour leur engagement et leur générosité
👏 le public, enthousiaste et bienveillant

Que cette période soit remplie de joie, de repos, de partage et d’inspiration ✨

🎄✨ Très belles fêtes à toutes et tous ! ✨🎄

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