24/04/2022
Dans 10 jours ça fera exactement 40 ans que j'organisais son premier passage sur la scène de l'Ancienne Belgique avec TC Matic... Pu**in ! Salut l'artiste.
Je me suis ramassé financièrement avec ce concert. Trois mois plutôt j'avais fais un sold-out avec Jo Lemaire + Flouze (dont le single, reprise de Gainsbourg, "Je Suis Venu te Dire que je m'en Vais" cartonnait) au Beursschouwburg. C'étaient mes premiers concerts en ville, dans le grand monde. Je venais d'Anderlecht et avais commencé à organiser des events locaux à 14 ans (grâce au milieu scout / école / petite bourgeoisie catho anderlechtoise auquel je m'étais mêlé, moi le fils d'un immigré et d'une ouvrière pauvres). Si je me suis ramassé avec TC Matic c'est qu'ils ont joué gratuitement au parc de Wolvendael 3 semaines après ma date. Des années plus t**d, un gars du milieu, m'a expliqué qu'un des trois grands organisateurs sur Bruxelles, voyant arriver un petit nouveau, a payé, aux organisateurs du concert au Wolvendael le groupe, la scène, la sono, etc. Ils ont eu tout gratuitement à condition de faire une date gratuite proche de la mienne. Une opération destinée à tuer dans l'œuf les velléités du nouvel organisateur... Résultat, j'ai dû retourner travailler à la chaîne à l'usine pour éponger les frais, la mort dans l'âme.
De plus, au départ ce devait être un festival Allez Allez + The Names + Snowy Red + TC Matic (tout ça un jour de semaine). Mais je suis tombé pile poil dans une guéguerre politique. Un membre du FDF avait loué un appartement juste à côté de l'AB en sachant très bien qu'il y avait un problème de son et a attaqué l'AB qui a reçu l'injonction de terminer tous les concerts à 22 h (ce qui des années plus t**d, entraînera la fermeture de l'AB et sa grosse rénovation). Je fus prévenu un mois avant la date et ai dû annuler deux des groupes (alors que j'avais déjà commencé l'affichage...). Comme je n'étais pas pro, au lieu de prendre la décision de garder les deux groupes les plus prometteurs (TC Matic et Allez Allez qui a cartonné au Plan K un peu plus t**d), par esprit de camaraderie, j'ai fait joué Snowy Red en 1ère partie (Micky était anderlechtois comme moi). Mon label à l'époque s'appelait Symphonie Urbaine, tout un programme.
Cela ne m'a pas empêché de persévérer cette année-là en organisant nos groupes belges préférés du moment, les Scabs, Red Zebra, Siglo XX, de Brassers, etc. Mais les problèmes financiers m'ont relégué à l'organisation de plus petits événements et des concerts de groupes locaux (punk, new-wave, industriel et... psychedelic) et aussi un fanzine anarcho-punk devenu culte. Je prendrai ma revanche en '89 en fondant Stratomic ; devenant le label de référence de soirée rock underground pendant plusieurs années. Brassant la musique rock des 60ies, 70ies, 80ies, 90ies (avec Olivier Gilles, aka DJ Wondersprout, e-a DeeJay et graphiste) et innovant avec des décors psychédéliques monumentaux, un live programmé au milieu de la nuit, du VeeJaying, une seconde salle Chill Out, la sortie d'un fanzine (La Vie est un Enfer Tranquille) pour chaque date et pas mal de drogues. Nous avions aussi un BBS, espèce de site informatique avant internet branché par modem sur le réseau téléphonique. Ce succès, le savoir-faire acquis en matière de promo, ma mailing-list postale, me permit de lancer lancer en '94 le Magasin 4 avec trois autres co fondateurs qui venaient de faire faillite avec le Bulten. Ce fut un challenge parce que nous n'avions pas un fifrelin en poche au départ. Durant les premiers mois, on a aligné concerts en début de soirée, clubbing après minuit, trois à quatre fois par semaine. La partie clubbing, plus rentable, a permis de financer le tout (j'ai invité tous les - premiers - labels de soirées des environs ; au point que le mythique Café d'Anvers est aussi venu dans ce lieux, the place to be du moment). Ce fut une période intense, on travaillait du levé au couché sept jours / semaine, déblayement, toiture, plomberie, électricité, sono, lights, mobilier, isolation, graphisme, organisation, promo, marketing, ingé son, décors, etc. Ce rythme m'a mené à un état d'épuisement, sur fond de problèmes de santé mentale, qui fit qu'un beau jour j'ai fait une sérieuse tentative de su***de. J'ai quitté le Magasin 4 sur une civière, en urgence, pour être sauvé in extremis par défibrillateur cardiaque à Saint-Pierre. C'en fut fini de la partie clubbing. Mais le Magasin 4 était sur les rails. Et aujourd'hui j'observe mon enfant, de loin, avec un sourire au coin des lèvres 😎
Jean Malotras