02/03/2026
Vendredi soir j'ai eu l'immense honneur de recevoir la médaille du mérite de la ville de Forbach.
Ce soir-là, on m’a posé une question toute simple :
« Marine, qu’est-ce qui t’a amenée à devenir docteure en psychologie ? »
J’ai répondu presque automatiquement :
Parce que j’ai besoin de sens.
Parce que j’ai besoin de me lever chaque matin en sachant que ce que je fais est utile. De contribuer, à ma mesure, au monde qui m’entoure.
Parce que je veux aider ces enfants qu’on ne comprend pas toujours, et ces parents qui se sentent seuls.
Mais en rentrant chez moi, j’ai compris que ce n’était pas la vraie réponse.
La vérité est plus simple, et plus profonde :
Si je suis devenue docteure en psychologie, c’est parce que je suis devenue maman.
Parce que sans lui, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui.
Parce que c’est lui qui m’a appris à ne jamais lâcher.
Parce que c’est lui qui m’a obligée à devenir plus forte que je ne l’aurais imaginé.
Pourquoi ?
Parce qu'un jour, mon fils est entré à l’école.
Et ce jour-là, tout a changé.
Très vite, les remarques ont commencé.
"Votre fils bouge trop."
"Il ne respecte pas les règles."
"Il ne participe pas."
"Il prend du ret**d."
"Il a des difficultés avec les autres enfants."
Et moi, chaque jour, j’allais le chercher avec la même peur au ventre : "Qu’est-ce qu’on va encore me dire aujourd’hui ?"
J’ai connu les réunions où l’on parle de votre enfant comme d’un problème.
Les dossiers à remplir.
Les appels qui n’aboutissent pas.
Les rendez-vous qui n’arrivent jamais.
Les listes d’attente interminables.
Les années passaient.
Et pourtant, rien n’avançait.
À la maison, on se débrouille comme on peut.
À l’école, on parle d’un problème éducatif.
Et doucement, on se sent devenir un parent à part.
On doute.
On culpabilise.
On s’épuise.
On se demande même parfois si on est un bon parent.
Mais moi, je ne pouvais pas abandonner.
Parce que c’était mon fils.
Alors j’ai décidé de me battre autrement.
J’ai quitté l’enseignement.
Et j’ai repris des études.
J’ai choisi un chemin difficile : un doctorat en psychologie de l’enfant.
Avec un objectif clair en tête :
Comprendre mon fils.
Comprendre ce qu’il vivait.
Comprendre comment l’aider.
Et aider les autres enfants comme lui.
J’ai cumulé travail et études.
Il y a eu la fatigue.
Les doutes.
Les moments où j’avais envie de tout arrêter.
Mais il y avait aussi quelque chose de plus fort que tout :
L’amour d’une mère qui refuse de baisser les bras.
Après des années de combat, mon fils a finalement été diagnostiqué TDAH avec un profil HPI.
Et ce jour-là, tout s’est éclairé.
Alors je me suis spécialisée dans les troubles du neurodéveloppement.
Pour lui.
Mais aussi pour tous les autres.
Parce que j’ai compris une chose essentielle :
Derrière chaque enfant en difficulté, il y a des parents qui se battent en silence.
Aujourd’hui, cette histoire est devenue mon métier.
Chaque jour, je rencontre des enfants qui lui ressemblent.
Chaque jour, je rencontre des parents qui vivent ce que j’ai vécu.
Et chaque jour, je me dis que si je peux leur éviter ne serait-ce qu’un peu de solitude, alors tout ce chemin en valait la peine.
Aujourd’hui, quand j’accompagne des familles, je ne suis pas seulement une professionnelle.
Je suis aussi cette maman
qui a attendu des réponses,
qui s’est sentie seule,
qui a douté,
qui a pleuré parfois,
mais qui n’a jamais abandonné.
Mon fils n’a pas n’a pas seulement fait de moi une maman.
Il n'a pas seulement changé ma vie.
Il lui a donné un sens.
Il a tracé mon chemin sans le savoir.
Il a façonné la femme et la professionnelle que je suis devenue.
Il est la raison pour laquelle je continue à me battre pour ces enfants qu’on ne comprend pas toujours.
A aider ces parents à tenir bon et avancer malgré tout.
Si je suis devenue docteure en psychologie aujourd’hui, c’est grâce à lui.
Et pour tout cela,
je ne le remercierai jamais assez. ❤️