07/21/2026
IL FAUT ÊTRE UN PEU ARTISTE POUR CHANGER LE MONDE
Einstein ne s'est pas mis à calculer en partant de formules complexes. Il a d'abord posé une question d'enfant : Qu'est-ce que je verrais si j'étais assis sur un rayon de lumière ? C'est cette image, poétique, presque naïve, qui a mené à l'une des plus grandes révolutions scientifiques de l'histoire. J'y pense souvent, parce qu'elle dit quelque chose d'essentiel sur ce que signifie vraiment comprendre le monde.
On imagine volontiers le scientifique comme un être froid, cartésien, imperméable à l'émotion. Mais les plus grands d'entre eux, et Einstein en est la preuve la plus éclatante, étaient d'abord des êtres de sensibilité. Ce sont eux qui ont osé poser les questions que personne n'osait poser.
Car poser une telle question ne suffisait pas. Encore fallait-il avoir le courage d'en assumer les réponses. Quand ses calculs l'ont amené à conclure que le temps ralentit à mesure qu'on se déplace vite, que le temps lui-même est malléable, n'importe quel autre scientifique aurait conclu à une erreur. Pas Einstein. Il a eu l'audace de dire : non, c'est exact. Le temps se déforme. Et quand il l'a proclamé, la grande majorité de la communauté scientifique l'a traité de fou.
Je ne veux pas être le genre de scientifique qui aurait dit qu'Einstein était fou.
C'est pour ça que je me suis toujours défini comme un scientifique ouvert. Sceptique par défaut, oui. Mais jamais fermé. Parce qu'il faut savoir reconnaître la lucidité là où elle ressemble encore à de la folie.
Et aujourd'hui, cette question me semble plus urgente que jamais. À l'heure où l'intelligence artificielle calcule mieux que nous, raisonne plus vite que nous, traite des données à une échelle que nous n'atteindrons jamais, qu'est-ce qui nous reste ? Quelle est notre valeur propre, irremplaçable ?
Peut-être exactement cela : la capacité de s'asseoir sur un rayon de lumière.
Il reste au fond de l'univers des mystères que la science n'a pas encore percés. Ce qui se passe au cœur d'un trou noir. Ce qui existait dans les premières secondes du big bang. L'origine et la fin de tout. Pour trouver ces réponses, les machines ne suffiront pas.
Il nous faudra des hommes et des femmes qui imaginent l'impossible avant de le calculer, des êtres assez sensibles pour poser la bonne question, assez créatifs pour voir là où les autres ne regardent pas, assez audacieux pour défendre ce que personne ne comprend encore.
Les plus grandes questions de l'univers attendent encore leurs réponses. Et ce sont nos forces les plus humaines; la sensibilité, la créativité, l'audace et l'imagination, qui nous permettront de les trouver.