02/16/2025
Analyse (Amoureuse) d’une œuvre québécoise- A.(A.)O.Q.-8 : Lou-Adriane Cassidy, ma chanteuse préférée
Par anthropologue en liberté
Ça aura pris 50 ans avant de la trouver. J’adore Marjo, Saphia Nolin, Catherine Ringer, Madonna, Isabelle Boulay, Chrissie Hynde, Kate Bush, Ginette Reno, Patti Smith, Mara Tremblay, Véronique Sanson, Élisapie, Diane Dufresne… Mais Lou-Adriane Cassidy me parle comme aucune autre.
Et pour mon plus grand bonheur elle a, à 27 ans, exactement la moitié de mon âge. Et ça, ça me donne de l’espoir. Beaucoup d’espoir. Parce que, en ce moment, c’est vraiment ce qui compte.
Le fait qu’elle habite la ville de Québec, mon Alma Mater, ajoute à mon attention. Comme si le microcosme des quartiers de la haute et de la basse-ville où j’ai vécu, justement, tant de bas et tant de hauts, voyait enfin s’épanouir une chanteuse qui porte en elle la vie de toutes les femmes qui ont un jour erré dans les rues de la capitale.
D’abord sa voix. Belle et élastique. Maîtrisée sans être froide, douce, puissante, avec parfois une touche éraillée pour rappeler la fragile défaillance des choses.
Et puis les mots. Le plus souvent les siens. Une force pour dire sans concession des choses difficiles :
« Entre mes jambes
Je sens rien, je sens rien
Dans mon ventre
Y a rien, y a rien »
Des choses simples et belles
« C'est la fin du monde à tous les jours
Mais des enfants jouent dans la cour »
Lou-Adriane Cassidy raconte des histoires de notre temps, qui ne sont peut-être pas si différentes de celles d’autres époques, la différence étant une sorte de franchise et de liberté qui neutralise la bu****it. C’est probablement générationnel. Oui, notre société permet maintenant aux filles de dire les choses.
Et la musique, surtout, la musique. Une pop vraiment intéressante, à l’évidence riche de tous les vinyles, cassettes et CD des décennies qui l’ont précédée. Journal d’un loup-garou, son troisième album qui vient de sortir, témoigne d’un grand travail menant à l’élaboration d’une pop progressive, étrange qualificatif pour une musique qui nous happe et qui souvent nous fait danser.
Entourée des gens de talent qui gravitent au Pantoum, Journal d’un loup-garou traite avec une rare honnêteté de l’abandon de son père parti sans laisser d’adresse quand elle avait 16 ans. La blessure est devenue œuvre cicatricielle qui relève, comme nombres d’albums mythiques, d’une peine d’amour transformée en beauté, pour notre plus grand ravissement.
En plus de tout ça, paraît que c’est une bête de scène. Non, je ne l’ai encore jamais vu live, à part quelque prestations télévisuelles. Mais je me reprends la semaine prochaine à Montréal avec Adèle Rosa-Matte. Yes sir Madame.